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Construction de l’orphelinat |
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Fin des travaux ! |
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L'essentiel, c'était à 9h 09 mercredi 3 Novembre 2004 lorsque les 5 moines sont arrivés parés de leurs robes safran, en psalmodiant des prières étranges tout en tournant autour de l’orphelinat qui, dans son habit rose, me faisait penser à une mère énorme qui, enceinte depuis 16 ans, se préparait enfin à accoucher. Les écoliers sont arrivés par paquets de 100, puis les personnalités, reconnaissables au moiré de la soie qui couvrait parfois une autre pauvreté, puis les paysans et les pauvres, reconnaissables à leurs habits simples à deux sous qui recouvraient parfois une autre richesse. Mais tout le monde avait son rôle à jouer. Mr Lafon et moi sommes montés au premier étage de Ban Dek, suivis du cortège des 20 "missionnaires" français, couverts de sueur et d'appareils photos... On nous a alors fait entrer dans une sorte de triangle de bois planté comme une tente de camping, mais sans toile, et dont la hauteur correspondait à l'envergure de nos bras dépliés. Léonard de Vinci avait du passer à Ban Dek la veille au soir, donner quelques instructions… Ce petit temple d'un jour, aux allures chamaniques, était entouré d’une ficelle blanche sacrée qui passait entre les doigts pieux de chacun des moines, rejoignait le plafond de la salle en une immense toile d'araignée ; à chaque intersection du quadrillage, un fil pendait et se déroulait lentement comme une langue lâchée dans le vide, pour atteindre finalement le sommet du crâne de chacun des participants, thaïs et français confondus. Ensuite le lien blanc s'envolait à travers les airs comme les fils de la vierge, partant du toit de Ban Dek en direction de notre maison, où il se rattachait au Bouddha sur son autel. Des heures de prières où mon esprit s'est dissout dans un bien être ineffable, mélange d'émotions poncée de fatigue, comme un coureur de fond qui arrive à la ficelle blanche du parcours final. Après ce fut le repas avec les enfants présents, les habitants du village, les personnalités ennuyeuses, et les français abasourdis par tant de choses étranges, repartant tous avec un morceau de cette ficelle sacrée que j’ai encore autour du poignet. La soirée s'est lentement étirée dans la moiteur des rizières environnantes, des effluves d'alcool de riz s'élevant doucement du terrain vague où les décors ont été peu à peu démontés, laissant quelques humains, aussi pauvres qu'alcooliques, chercher, à leur façon, leur nirvana et leur dose de bonheur. Les néons et les bougies se sont inclinés devant l'immensité d’un ciel scintillant d’étoiles et d’une lune aussi orange et pleine qu'un fruit.
Dans le mois qui a suivi, le travail a consisté à équiper Ban Dek : un lit par ici, une armoire par là, un couteau, une savonnette, un épluche pastèque, un robinet….bref, mille et une chose qui devaient faire de Ban Dek une maison à vivre. Ensuite, nous avons du faire une sélection entre tous les candidats, afin d’aider les plus nécessiteux. Quelques jours avant Noël, les orphelins ont commencé à arriver, avec ce qu’il leur restait de famille, souvent de petits vieux aussi plissés que démunis, accompagnant leurs mioches à reculons, hésitant entre l’envie de garder et l’occasion de confier. Des histoires parfois terribles nous ont alors été racontées, car il y a tellement de façon de devenir orphelin… Certains le sont de naissance, d’autres de parents décimés par le sida, d’autres de cause plus morbides où des crimes de jalousie ont laissé, un beau matin, des petits sans parents. Le plus émouvant quand j’y pense, c’est l’histoire de cette petite fille de 8 ans que sa maman est venue nous confier, une maman dévorée par la maladie du sida et qui sachant sa fin proche, est venue demander l’asile pour sa petite. Quand nous lui avons assuré que nous allions prendre soin de sa fille, j’ai bien vu dans ses yeux brouillés qu’elle retenait avec toutes les forces qui lui restaient, des sanglots énormes comme une mère qui reste sur une île qui va bientôt disparaître sous les flots et qui confie son enfant au dernier bateau. Ban dek prenait son sens, comme une arche plantée tel un rocher, recueillant ici et là des enfants aux bouées trouées…
Aujourd’hui, 25 décembre, c’est Noël: promesse tenue… Ban dek vit….! Les échos de rires d’enfants que j’avais entendus l’an dernier, alors que nous plantions les bases de l’édifice avec des morceaux de bambou, ces échos ont rejoint la réalité comme une ombre rejoint l’objet sous le soleil de midi. Dans le soir qui tombe, du balcon de ma maison, j’aperçois à travers les arbres, des silhouettes d’enfants qui jouent au ballon ; des parfums de riz au poisson planent sur le terrain vague plein de poussière rouge qui poudrent leurs pieds nus. Une petite fille est debout sous les bananiers, elle pleure car elle est trop petite…. nous n’y avions pas pensé … Mais demain, le bonheur de Ban Dek aura raison d’elle car Ban dek a eu raison de nous, et a sa raison d’être. CC |









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