Notre pays d’action : LA THAÏLANDE

Présentation générale du pays

 

Considérée à travers le prisme des clichés occidentaux, la Thaïlande fascine et inquiète à la fois. Elle attire en tant que haut lieu d’une évolution bouddhique qui condense toutes les vertus prêtées à la « sagesse orientale » et elle nourrit aussi les fantasmes par l’apparente liberté sexuelle des Thaïs. Elle inquiète, voire suscite l’opprobre du fait que l’exploitation de la misère humaine (prostitution avec les risque de propagation exponentielle du Sida, le travail des enfants…), sans oublier sa réputations de plaque tournante de la drogue. Voici quelques aspects contradictoires de ce pays pris dans la spirale d’un développement rapide.

La Thaïlande a une population, un territoire et une densité de peuplement équivalents à ceux de la France.

Le pays se découpe en quatre grandes régions, le Centre avec Bangkok, l’Est, le Sud et le Nord où se situe la mission ;

Le paysage Nord, est dominé par les hautes terres et des chaînes de montagne. C’est dans cette partie du pays que l’on trouve les sommets les plus élevés (entre 1600 et 2595 m). le cœur de la région est constitué de séries de bassins et de plaines séparés par des réseaux de collines et des étagements de terrasses alluvionnaires. Le Nord bénéficie d’un réseau hydrographique très dense ; il est situé à la rencontre de trois systèmes de drainage : Ménam Chao Phraya, le Mékong et la Salween. L’économie rurale du Nord présente un fort contraste entre, d’un côté, les bassins fluviaux, soumis à une agriculture intensive (riz, mais aussi soja, légumes, canne à sucre, tabac) puis , de l’autre, les hautes terres, lieu de prédilection de l’agriculture itinérante sur brûlis. Les collines et montagnes servent de refuge aux groupes austro asiatique, karen, tibéto-birmans et miao-yao. Dans la vallée, la taille moyenne des exploitations se réduit (1 ha en moyenne), le niveau d’endettement augmente et avec lui la part des terres détenues par des propriétaires absentéistes. Les inégalités sociales des basses terres et les montagnards. L’autre défi d’envergure qui doivent relever les montagnards tient au remplacement du pavot par d’autres cultures du rapport : fruits et légumes, fleurs, arachides, maïs, soja, manioc ou bien encore du café et du thé. Depuis le milieu des années 1980, le gouvernement s’est engagé dans une active politique de reboisement du Nord (teck, eucalyptus, pin).

 

En tant que Naturopathes, notre terrain d’action n’est pas l’urgence sanitaire qui est nécessaire dans certains cas, nous privilégions notre action pour des pays en paix et bénéficiant de structures et d’un environnement favorables, notre but étant le développement de l’autonomie des populations concernées. Nous en faisons qu’apporter «un coup de pouce » pour rendre à ces population leur devenir plus certain.

Nous allons donc étudier les points forts sur lesquels nous pourrons nous appuyer et les points moins favorables que mériterons toute notre attention.

 

IL VAUT MIEUX APPRENDRE A PECHER

QUE DE DONNER DU POISSON

                          Proverbe chinois

 

 

ANALYSE DES POINTS FORTS ET DES POINTS FAIBLES

 

LES POINTS FORTS

 

1 – La Thaïlande bénéficie d’une géographie favorable qui tient à la faible proportion du territoire qu’occupent les zones de relief et à leur disposition périphérique (28 % = plus de 500 m dont 6 % = plus de 1000 m). se trouvent ainsi dégagés au centre et à l’est de vastes espaces faiblement morcelés, propices au développement à grande échelle de l’agriculture. Ceci d’autant que la Thaïlande profite de l’apport des deux grands réseaux hydrographiques, avec au centre le Chao Phraya qui forme un vaste delta ; puis servant de frontière naturelle avec le Laos, le cours moyen du Mékong auquel le nord-est sert de bassin versant.

 

2 -  Un ancrage rural des plus forts, huit Thaïlandais sur dix vivent à la campagne et sept sur dix tirent de l’agriculture la plupart de leurs revenus (on se place ici au même niveau que le Laos, le Cambodge ou le Vietman pourtant bien moins développés) ;

 

3 – Il n’y a pas dans la société Thaï d’obstacle social ou culturel à la modernisation. Les paysans adoptent toute technique capable d’augmenter significativement et sûrement le revenu ou de diminuer le travail, même si cela implique un changement assez profond du système de culture.

 

4 – Il n’y a pas de contradiction entre la religion bouddhiste, qui imprègne encore très fortement les campagnes, et le développement de type capitaliste : plus un paysan sera riche, plus il pourra dépenser pour acquérir des mérites (construction de pagodes, fêtes religieuses, offrandes aux bronzes), améliorant ainsi sa position dans l’échelle des renaissances.

 

5 – L’extraordinaire boom économique des années 1980-1990 a propulsé le pays sur le devant de la scène régionale. La Thaïlande s’est imposée comme l’une des figures de proue de l’Asie du Sud-est et accèdera peut-être dans un proche avenir au rang du Nouveau Pays Industrialisé, rejoignant alors les quatre ‘Tigres’ asiatiques. Après avoir composé avec les investissements étrangers, elle s’affirme de plus en plus et entend, dans un avenir proche, contrebalancer le déclin des débouchés qu’offrent les pays du Nord, par redéploiement des exportations vers le Myanmar, le Laos, le Cambodge ou le Vietman voisins qui sortent à peine du chaos politique et serait ainsi une solide assise régionale ;

 

6 – Le roi œuvre avec constance depuis des décennies pour une démocratisation du régime et un partage plus juste des fruits de la croissance. Son autorité morale est grande, mais ses moyens d’action purement symboliques. De concert avec certains acteurs de la société civile comme les ONG, il montre, avec son épouse la reine Sirikit, la voie d’un développement plus équilibré et respectueux de la nature. La concrétisation d’un tel programme supposerait un changement radical d’attitude de la part du gouvernement, dont le programme va dans le bon sens mais à dose homéopathique et qui plus est, la crise financière est venue modifier l’ordre de ses priorités.

 

LES POINTS FAIBLES

 

Par sa doctrine de la prédestination, son esprit de tolérance et son idéal ascétique, le bouddhisme thaï a fait le lit d’un capitalisme opportuniste et conquérant dont la minorité chinoise porte  haut les couleurs. Les valeurs sociales et écologiques cultivées par le premier n’ont guère atténué les excès du second. De surcroît, l’action régulatrice opérée par le binôme royauté-Sangha a décliné depuis que le milieu des affaires a infiltré les hautes sphères de l’État.Une très grande inégalité sociale. Les riches entrepreneurs de province se sont taillé des fiefs en s’appuyant sur les traditionnelles structures clientélistes, la capitale a inféodé les régions en pillant sans vergogne leurs ressources et le maintien de pôles de pauvreté sert les intérêts immédiats des capitalistes locaux en leur fournissant une main d’œuvre servile et abondante.

Existence de problèmes graves dans la répartition du foncier et les modes de tenure pour les paysans. Dans la Pleine centrale et le Nord, plus de la moitié des paysans sont métayers, fermiers ou sans terre ; or les taux de fermage ne cessent de monter. Cela va de pair avec un accroissement des inégalités de revenu au sein de la paysannerie et une bipolarisation de la société rurale : paysans riches liés aux bourgeoisies commerçantes et bureaucratiques de la ville d’une part et de l’autre paysans pauvres sans terre ou sans assez de terre pour subsister et progresser, entre ces deux extrêmes, existe une paysannerie moyenne assez fragile, menacée de paupérisation à cause de son endettement.

 

1 – une très grande inégalité géographique : Bangkok bénéficie de la croissance au détriment des autres régions, qui répondent plus aux traits des régions sous développées qui si l’on regarde les chiffres sur l’ensemble du pays.

 

2 – le tout ne fait que s’accentuer depuis la grande crise asiatique de 1997 qui a plongé le pays dans le chaos, avec la dévaluation et la grande fluctuation du Baht

 

3 – L’objectif d’une zone de paix et de prospérité indochinoise recouvre un dessein moins avouable : la conquête économique du voisinage pour reproduire et même étendre les vassalités de l’empire de Bangkok-Thonburi ; le pillage des ressources des pays limitrophes venant pallier l’épuisement du potentiel intérieur pour continuer à alimenter une croissance à deux chiffres.

 

4 – Un autre obstacle majeur à l’essor industriel du pays tient au système éducatif, qui a, certes fait des prouesses en matière d’instruction primaire, mais qui s’avère peu adapté au niveau de l’enseignement supérieur. Le pays souffre cruellement d’un manque de main d’œuvre qualifiée ; au point que les autorités ont récemment relâché les critères d’immigration pour attirer des milliers de cols blancs.

INFO SIDA

 

Le Sida fait des ravages en ce moment en Asie du Sud-Est et plus particulièrement en Thaïlande. On annonce officiellement un million de séropositif en 2000  et  66000 personnes décédées du Sida. Le Sida est la première cause de mortalité en Thaïlande, loin devant les accidents, les infarctus et les cancers (16% des décès enregistrés en 1998 avaient vraisemblablement été causés par le Sida ou par des complications liées au VIH). Il existe désormais une grave menace d’épidémie majeure. Si le Sida est apparu plus tardivement qu’en Afrique, l’épidémie prend un chemin similaire à ce dernier continent et en ce moment l’hécatombe des décès ne fait que commencer, laissant présager de nombreux orphelins supplémentaires d’ici peu… cela ne fait que commencer… d’où l’urgence de la situation !

 

Les causes de cette situation :

le fait que les autorités locales ont longtemps sous-estimé le potentiel de propagation du VIH en Asie. Dans un premier temps, l’étendue de la maladie a été niée. On a ensuite jugé qu’elle ne concernait qu’une population à risque bien déterminée : les consommateurs de drogues injectables, les professionnels du sexe et les homosexuels.

Des campagnes ont été faites, à partir de 1991 mais les retombées n’ont touché qu’une partie de la population : entre 1990 et 2000, le pourcentage de la transmission prostituées/clients est tombé de 77 % à 12 % du total des infections ; mais dans le même temps, les transmissions des maris aux femmes, rapports, on peut le supposer, sans préservatif, est passé de 9 à 43 %

Cela tient aussi aux coutumes locales, selon lesquelles il est accepté que les hommes aient des relations extra conjugale, ceci étant amplifié par une très forte mobilité géographiques des hommes chargés de famille pour des raisons économiques et qui fréquentent donc des prostitués.

Les victimes du VIH se répartissent en 5 catégories (homosexuels, consommateurs de drogues injectables, professionnels du sexe, épouses et nouveau-nés allaités au sein) ; le risque est accru par le fait que les 5 catégories se recoupent et s’entremêlent.

La manque de traitement ou à des prix ne les rendant pas accessibles à tous fait que les gens atteints ont une espérance de vie très courte.

La crise que connaît la Thaïlande en ce moment ne peut qu’accentuer ce phénomène. En effet, ce sont beaucoup les femmes qui souffrent les premières de l’explosion du chômage et du sous emploi. Il ne reste pour elles comme alternatives que de venir nourrir le flot de marchandes ambulantes déjà trop nombreuses, la vente de métamphétamines ou la prostitution !